dimanche, 12 mars 2006

Ahhhhh... Yves Thériault... Un univers que j'adore!

Agaguk

Ce roman raconte la vie d'Agaguk et Iriook, deux Inuits qui choisissent de quitter leur village et de s'établir sur un nouveau territoire dans le Grand Nord.  On y découvre les quotidien des Inuits durant les années 40. On en apprend aussi sur la philosophie de vie et sur les traditions de ce peuple.
 
J'ai adoré ce roman !  Je voulais le lire depuis longtemps car c'est en quelque sorte un classique.  Mais parfois les classiques nous déçoivent.  En fait, le style d'écriture n'est pas très contemporain. Mais on l'oublie facilement lorsqu'on entre dans l'histoire et on perçoit quand même très bien les sentiments des héros.

De plus, j'ai appris plein de choses grâce à ce roman.  La vie des Innus de cette époque était très dure.  Il fallait vraiment être fait fort pour survivre dans de telles conditions.  Découvrir la mentalité de ce peuple a aussi été très intéressant.  On a souvent tendance à les juger avec nos yeux de citadins mais leur façon de penser et d'agir vient de leurs conditions de vie si différentes des nôtres

Ce roman est définitivement une belle façon de mieux comprendre ces habitants méconnus de notre continent.

4.5/5

La Fille laide
 
L'histoire se passe dans un hameau en pleine montagne, qu'on ne nomme jamais.  Même chose pour l'époque même si on se doute bien que c'est il y a bien longtemps car il n'y a pas de voitures ou d'électricité.
 
Bernadette, une belle veuve au corps encore en ébullition engage une fille laide, Édith, pour l'aider à l'entretien de la maison et Fabien, un beau grand jeune homme afin de s'occuper de la ferme et des champs.  Le problème c'est que Bernadette aime Fabien mais que ce dernier est amoureux de la fille laide, Édith.  Bernadette tentera d'empêcher cet amour, ce qui mènera à son assassinat.

Dans ce roman, on sent toujours une atmosphère lourde, frisant la folie.  On sent que le malheur est constamment sur le point de s'abattre sur les amoureux, même dans les moments les plus joyeux.  Et paradoxalement, cette lourdeur ne nous atteint pas trop, ne nous empêche pas d'être happé par l'histoire.
 
L'auteur aborde des thèmes durs comme le meurtre et l'euthanasie sans jamais juger.  Il ne fait que nous les démontrer du point de vue des protagonistes, et avec beaucoup d'efficacité, ma foi.
 
Le seul défaut de ce livre c'est que l'écriture d'Yves Thériault a vieilli, elle fait vraiment années 60.  Mais ça n'empêche pas l'histoire d'être extraordinaire et le texte de regorger de descriptions magnifiques qui laissent notre imagination rêver. 
 
Ce n'est certainement pas mon dernier Yves Thériault, plus je lis cet auteur et plus je l'apprécie. 

4/5

L'Appelante

Henri est un homme dans la quarantaine qui est aveugle. Son frère Daniel et sa belle-soeur Judith habitent avec lui et en sont presque les esclaves puisqu'ils travaillent très dur pour cet homme riche, ne recevant presque rien en retour, si ce n'est du mépris, des critiques et des coups. Mais comme ils n'ont nulle part où aller, ils endurent... Un jour, Judith et Lisette, une jeune fille du village qui a subi la violence d'Henri, mettent au point un plan pour faire payer l'aveugle pour ses méchancetés.

Yves Thériault aborde souvent les mêmes thèmes: la folie, la nature ainsi que les handicaps reviennent souvent dans ses romans. Par contre, il trouve toujours une façon de se renouveler et de nous faire croire à son histoire. Il réussit aussi très bien à raconter son histoire sans se perdre dans de longs discours qui n'en finissent plus. Tout est simple mais fort, efficace et prenant. Je suis chaque fois ébahie de voir comment, il peut rendre les émotions palpables, intenses et fortes. Malgré certaines situations complètement tordues, on y croit et on en redemande.

Encore une fois une très belle lecture pour moi!

4.5/5

Ashini

Ashini est un montagnais qui vit toujours comme le veut la tradition et qui refuse d'habiter une réserve comme ses compatriotes. Plus que ça, il est révolté par le sort qu'on impose aux siens, le voyant comme un avilissement de la race qui mènera à son extinction. Il tentera de changer le cours des événements et de contacter les dirigeants afin de les sensibiliser à leur condition...

Yves Thériault est d'ascendance montagnaise, on peut donc présumer que par cet ouvrage, il a tenté de sensibiliser et d'exprimer ses convictions. Il nous livre donc un message touchant et rempli de bon sens, comme en témoigne cet extrait. "Sortant de ce pont pour entrer sur les territoires concédés, il y a en bordure de la route un poteau où fut clouée un affiche odieuse. On y lit: Réserve indienne des Betsiamits. J'ai souvent contemplé cette borne-frontière avec horreur. Car il était là dans toute sa puissance, ce symbole de ségrégation. Intangible barbelé, contrainte, obstacle."

Ce que je retiens particulièrement de ce roman, c'est qu'il m'a permis de voir la situation dans un angle différent, autre que celui que les médias nous donnent souvent de ce peuple. Il nous permet de voir d'où origine la situation actuelle, de mettre certains événements en contexte et de leur donner un éclairage différent. Bref c'est une oeuvre qui nous invite à plus de tolérance et de compréhension, sans pour autant être moralisatrice. Toutefois, étant parfois métaphysique elle n'est pas nécessairement facile à assimiler et à comprendre, mais le jeu en vaut la chandelle. Décidément, l'oeuvre d'Yves Thériault m'interpelle tout particulièrement!

4/5

Le dernier havre

Un vieux pêcheur de la Gaspésie n'en peut plus de sentir son autonomie et sa joie de vivre diminuer avec l'âge, surtout depuis qu'il ne pêche plus. Lorsqu'il trouve une vieille barque sur la grève, il n'en faut pas plus pour que germe dans son esprit l'envie de la rafistoler et de partir faire un ultime tour en mer, sans que quiconque s'en aperçoive.

Au fil des pages, le vieux nous fait partager son amour de la mer ainsi que sa beauté. Il nous la décrit tellement bien qu'on a l'impression d'y être, tant lorsqu'elle est calme que lorsqu'elle gronde. C'est d'ailleurs une des forces de Thériault, de parvenir à raconter la nature au point qu'on puisse la voir. C'est comme s'il peignait une toile avec des mots.

J'ai aussi apprécié voir ce vieil homme combattre pour conserver sa fierté, continuer à se sentir fier de faire quelque chose. Il me semble que ça doit effectivement être une des difficultés de vieillir, que de se sentir moins utile et parfois même de croire qu'on est un fardeau. La façon qu'a l'auteur d'en parler témoigne beaucoup de respect tout en abordant le sujet de front. Je crois qu'il y aurait certainement là matière à discussion.

Finalement, ce roman à le courage de soulever un sujet qu'on préfère souvent ignorer parce qu'on a souvent bien peur de ce que l'avenir nous réserve. En tout cas, ça m'a beaucoup touchée et ça me pousse à amorcer une réflexion en ce sens.

3.75/5

Cul-de-sac

Victor Debreux est ingénieur. Toute sa vie, il a supervisé de grands projets un peu partout dans le monde. Mais nous faisons plutôt sa connaissance alors qu'il est blessé, tombé dans une cavité et qu'il sent la mort approcher. Il revoit alors tout sa vie, ou plutôt le vide que fut sa vie, un vide qu'il a tenté de remplir avec de l'alcool. Il se revoit donc à différentes étapes de sa vie et y jette un regard, lucide, dur, sans complaisance.

Encore une fois, Thériault aborde le thème du "Qu'ai-je fait de ma vie?". Un peu comme dans Ashini ou Le dernier havre, deux autres titres qui touchent à la même thématique mais sous un angle différent.

Et encore une fois, il a réussi à me toucher, à me faire me questionner même si l'intrigue fut un peu lente à démarrer. Mais une fois bien accrochée, impossible de ne pas compatir au destin de cet homme faible et malheureux. Un homme qui aurait pu être tout autre, si... Et c'est justement ce "si" qui est important et qui me questionne. Comment sait-on lorsqu'on a choisi le bon chemin en arrivant à une intersection? Comment fait-on pour ne pas choisir le cul-de-sac? Malheureusement, l'auteur ne nous fournit pas la réponse...

4/5

Les vendeurs du temple

À l'époque de Duplessis, à St-Léonide, un ancien village patriote de la Montérégie, la vie des gens est modifiée par la politicaillerie et le pouvoir religieux qui tentent chacun de manipuler la population afin d'obtenir plus de pouvoirs et de privilèges.

Dans ce roman, sous le couvert de la satire, Yves Thériault a tenté de dénoncer les abus et les magouilles qui furent le propre du gouvernement de Duplessis, à l'époque de la Grande Noirceur. L'intention est louable et le lecteur saisi facilement le but visé. Le hic c'est que malgré cela, on ne parvient pas vraiment à s'attacher aux personnages. J'ai eu l'impression de regarder les photos d'illustres inconnus. Elles étaient belles mais ne me touchaient pas... J'ai bien fini par éprouver de l'attachement pour certains personnages comme le curé Bossé mais j'arriverais au terme de ma lecture...

Malgré cela, l'oeuvre a le mérite de dénoncer haut et fort. Et probablement qu'à l'époque de sa publication, en 1951, les propos ont dû créer quelques remous et écorcher quelques susceptibilités. Les politiciens et les ministres du culte en prennent pour leur rhume... Mais aujourd'hui, le message ne m'atteint pas vraiment et c'est dommage car il faut apprendre du passé.

C'est la première fois qu'un roman d'Yves Thériault, ne me plait pas trop. C'est aussi un style différent des autres romans que j'ai lu jusqu'à maintenant. On n'y retrouve malheureusement pas la magie et le talent de conteur qui lui sont propres...

3/5

D'autres critiques d'Yves Thériault:
Les commettants de Caridad
Contes pour un homme seul

Commentaires

Ah, tu me fais envie avec tout ce que tu as lu d'Yves Thériault ! On n'a lu en commun que Agaguk et Cul-de-sac, mais j'en ai lu d'autres ;o)
C'est un auteur dont je lirai tout, j'en suis sûre. Et c'est toi qui me l'a fait découvrir, merci.

Écrit par : Cuné | lundi, 13 mars 2006

Je ne connais rien du tout de cet auteur ! :D

ça calme ! ..

Écrit par : clarabel | lundi, 13 mars 2006

Tu donnes envie de lire cet écrivain Frisette! :D Ça a l'air très intéressant. Et je suis curieuse de connaître votre grand pays par ses yeux. :)

Écrit par : Jo Ann | lundi, 13 mars 2006

Un des grands plaisirs des forums et des blogs c'est justement de faire découvrir et partager nos coups de coeur. Je suis donc très heureuse que mes critiques vous touchent les filles!

Cuné - Faut pas te surprendre si je t'envoie d'autres titres de Thériault, je ne voudrais pas que tu t'arrêtes là dans ta découverte. :D

Clarabel et JoAnn - Je vous invite à en faire la découverte, sa plume est vraiment touchante. Si je devais vous conseiller un titre pour débuter, ce serait Agaguk, qui montre bien son style et ses thèmes de prédilection.

Vous m'en redonnerez des nouvelles!

Écrit par : Frisette | lundi, 13 mars 2006

J'ai pris note d'"Agaguk", Frisette, merci!
Maintenant, il faut juste que je gagne au loto!! :D

Écrit par : Jo Ann | mardi, 14 mars 2006

Je l'ai! :D
En passant par une librairie, j'ai vu en gros "Agaguk" devant moi en occasion! 50 centimes!!! Je l'ai acheté! :D

Écrit par : Jo Ann | jeudi, 23 mars 2006

Je viens de terminer "Agaguk"! Une belle découverte, merci Frisette! :D

Écrit par : Jo Ann | mardi, 28 mars 2006

Je suis impatiente de lire ta critique!

C'est pour bientôt?

Écrit par : Frisette | mardi, 28 mars 2006

Oh mais j'ai lu Agaguk il y a longtemps et maintenant je me demande pourquoi diable je n'ai rien lu d'autre de cet auteur. Ashini me tente bien je dois dire (j'ai un faible pour le peuple montagnais), si je le trouve...

Écrit par : yueyin | vendredi, 09 mars 2007

Oui laisses-toi tenter Yueyin! Yves Thériault c'est du bonbon! Je te suggère aussi les titres qui sont la suite d'Agaguk, tu retrouveras l'atmosphère qui t'a plu.

Écrit par : Frisette | samedi, 10 mars 2007

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