mardi, 15 juillet 2008

Des faits qui nous permettent de mieux imaginer la fiction

Madeleine Matou - La femme du meurtrier de Boucherville 1665-1699 de Marcel Myrea9580fb960a1c5b45a777e7eee71a43f.jpg

J'ai eu très envie de lire ce document après avoir lu Marie Major de Sergine Desjardins qui traitait sensiblement du même sujet: le sort des femmes de meurtriers en Nouvelle-France. Dans Marie-Major, j'avais été frappée par l'injustice de lois qui condamnait une femme pour les fautes de son mari. Je voulais en savoir plus et surtout mieux comprendre. J'ai donc lu ce document qui n'est pas un roman même si je l'ai lu avec autant d'avidité.

Madeleine Matou fut une femme ordinaire qui serait restée anonyme si son mari n'avait été condamné pour le meurtre d'un marchand. D'origine très modeste, elle devint rapidement servante chez une riche famille montréalaise, comme cela se faisait très souvent à l'époque. Elle eut la chance de faire un bon mariage avec Jean Hautdecœur et eut quatre enfants de lui qu'elle éleva à Boucherville. Toutefois, sa vie changea du tout au tout quand son mari se rendit coupable de meurtre et fut condamné à la pendaison. Endettée jusqu'au cou, elle fut expulsée de sa maison et se retrouva sans le sou et sans-abri. Elle se remaria mais son second époux ne semblait pas avoir beaucoup de coeur à l'ouvrage et, après s'être endetté, il quitta sa famille - agrandie de 3 autres enfants - pour aller chasser au Grands-Lacs. Madeleine Matou, vivant dans une très grande misère, mourut à trente-quatre ans en tentant de mettre son huitième enfant au monde.

Je vous le dis tout de suite, même si cet ouvrage n'est pas un roman, je l'ai tout simplement dévoré! Malgré tous les extraits de documents historiques écrits en vieux français qui rendent la lecture plus ardue, je n'ai pu m'empêcher d'enfiler les pages les unes à la suite des autres dans la même journée. L'auteur, Marcel Myre, a selon moi un véritable talent de conteur qui m'a tenue en haleine.

La grande recherche qu'il a effectuée m'a permis de mieux comprendre les conditions de vie des gens et surtout des femmes de cette époque. Il a aussi mis en lumière le fonctionnement de la justice de l'époque. Et je dois dire que j'ai été très étonnée de ce que j'ai découvert. Par exemple, pour illustrer les misérables conditions de vie de son héroïne, il nous présente l'inventaire de ses biens, peu avant son décès:

" - Une chaudière de cuivre rouge à demy usée tennant environ deux sceau d'eau.
- Sept terrines.
- Une meschante chaudière servant de mitraille toutte rompue & bossée sans anse.
- Un meschant sceau de bois de nulle valeur.
- Une petite marmitte de fer percée n,ayant que deux pieds.
- Une tinette telle quelle où il y a dedans environ douze livres de boeure.
- Une petite table avec son pliant de bois de pain (pin) de peu de valeur.
- Une meschante cassette rompue sans serrure.
- Un tarrier sans manche.
- Une meschante couverte de chien avec un meschant traversin dans lequel il y a dedans un peu de plume quy sert au service dudit René Deniau.
- une meschante camisole de carisé.
- Un berceau sans son fonçure."

C'est à se demander comment une femme pouvait s'occuper de nourrir sa famille avec si peu. Et avec tout ce que j'ai pu lire, je ne peux que me dire que cette pauvre femme a dû être souffrir beaucoup et être bien malheureuse.

Autre fait intéressant, l'auteur nous explique que les enfants de Jean Hautdecoeur, reniant leur nom, à cause des crimes de leur père qui ont dû leur causer bien des problèmes, ont choisi de prendre le patronyme du deuxième époux de leur mère. C'est pourquoi de nombreux descendants de Madeleine Matou et de Jean Hautdecoeur portent le nom Daigneault.

Donc voici une lecture que j'ai beaucoup appréciée et que je ne regrette absolument pas car elle me permettra très certainement de lire d'un autre oeil les romans historiques dont je raffole.

4/5

Commentaires

J'ai adoré Marie Major et je note à l'instant cette suggestion qui va aussi m'en apprendre plus sur ce pan de notre histoire.
Merci

Écrit par : Suzanne | jeudi, 17 juillet 2008

Je suis heureuse de voir que cette critique a donné envie à d'autres personnes de lire cet ouvrage étant donné qu'il ne s'agit pas d'un roman. J'espère que ça te plaira. :)

Écrit par : Frisette | jeudi, 17 juillet 2008

Je suis l'auteur de Madeleine Matou, la femme du meurtrier de Bouchervilleé
J'ai bien aimé l'article qui établit un parrallèle entre le roman historique et le récit historique. Essentiellement, si l'on recherche la vérité historique, le récit est la solution. Par contre, si l'on veut imaginer l'histoire, le roman est le fait très bien.
Pourquoi alors ne pas combiner les deux comme le rédacteur de l'article l'a fait avec passion.
Pour connaître la vie pénible d'une autre femme de la même époque que Madeleine Matou, je suggère de lire mon autre livre intitulé L'Autre Marie Morin, femme abandonnée en Nouvelle-France.
Marcel Myre

Écrit par : Marcel Myre | dimanche, 20 juillet 2008

Je suis très flattée de voir que les auteurs passent lire mes critiques. Et ça me laisse chaque fois un sentiment étrange. Trop souvent, on ne s'imagine pas que nos humbles billets de lecteurs sont lus par tout le monde, y compris les auteurs. Merci d'être passé. Et j'irai fort probablement jeter un œil à cet autre titre que vous me suggérez.

Écrit par : Frisette | lundi, 21 juillet 2008

Dans mon communiqué du 20 juillet, j'ai omis de signaler que lors du congrès du mois de juin à Québec portant sur les Filles du roi, je me suis procuré le roman historique (Marie Major) de Sergine Desjardins Elle était conférencière à ce congrès. J'ai lu avec grand intérêt son livre et j'ai bien apprécié sa décision d'inclure aux pages 419-465 la vérité historique sur les principaux personnages.
J'exprime ici un désir. Que madame Sergine Desjardins lise Madame Matou, la femme du meurtrier de Boucherville et qu'elle me donne ses commentaires dans cet échange.
Marcel Myre
L'auteur de Madeleine Matou, la femme du meurtrier de Boucherville

Écrit par : Marcel Myre | lundi, 21 juillet 2008

J'espère que votre demande sera entendue. Je ne sais pas si Mme Desjardins passera ici par contre... L'idéal serait probablement de lui envoyer un courriel.

Écrit par : Frisette | lundi, 21 juillet 2008

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