dimanche, 24 mai 2009

L'amour des mots

L’anglais n’est pas une langue magique de Jacques Poulinanglais langue magique.jpg

Cuné et moi, après renoué avec une lecture commune pour La gueule du loup de Nadia Gosselin, avons eu envie de renouveler l’expérience. C’est ce titre de Jacques Poulin qui nous est tout de suite venu en tête. Toutefois, Postes Canada étant un service reconnu pour la rapidité de ses livraisons, après un mois, le livre est encore perdu dans les limbes postaux… (Dernière heure: le roman est finalement arrivé à destination!  C'est pas trop tôt!) Par chance, Cuné a tout de même réussi à le lire et c’est aujourd’hui que nous vous livrons nos impressions! Voici donc mon avis. Vous pouvez aussi lire celui de Cuné ici.

Sans être réellement une suite à La traduction est une histoire d’amour, ce 12e roman de Jacques Poulin y fait de nombreuses références, reprenant certains des personnages là où il les avait laissés. Le personnage principal de cet opus, Francis, est le petit frère de l'écrivain Jack Waterman. C’est aussi un "lecteur sur demande" qui, comme son frère est un amoureux des mots. Jack se sert d’ailleurs souvent de lui pour pallier à sa mémoire défaillante. Nous le suivons chez ses différents clients, comme entre autres la jeune Limoilou qui se remet doucement de sa tentative de suicide. Mais surtout nous partageons le quotidien des différents personnages auxquels nous nous étions attachés dans le 11e titre ainsi que leur amour de la littérature.  D'ailleurs dès le début, par la première citation, avant même que ne débute le roman, on le sait: "Lire, presque autant que respirer, est notre fonction essentielle. Alberto Manguel, Un histoire de la lecture, p.20"

L’anglais n’est pas une langue magique est roman tendre où Francis se remémore ses souvenirs d’enfance, nous permettant du même coup de mieux connaître et comprendre Jack Waterman. C’est aussi une ode à l’œuvre de Jacques Poulin tant les références à ses précédents romans sont nombreuses. On retrouve ainsi différents personnages que nous avons côtoyés dans d’autres romans et les liens qui les unissent au héros.

Un autre aspect de cette lecture que j’ai trouvé particulièrement agréable a trait aux nombreux clins d’œil à l’importance de varier son vocabulaire et de choisir le bon mot, de ne pas se laisser aller à la facilité d’utiliser l’anglais plutôt que de chercher l’équivalent français. C’est quelque chose qu’on oublie trop souvent et pourtant… J’ai spécialement aimé l’explication que nous donne l’auteur sur la façon de mesurer l’impact et le poids d’un mot anglais ou français. Le roman est aussi truffé de passages où l’amour de la langue est présent, comme dans celui-ci où Francis nous explique son amour pour sa profession de lecteur sur demande : "C'est une appellation que j'aime bien, parce que les initiales font LSD: pour moi, la lecture est une drogue".  Ou encore dans celui-là où notre héros observe une lectrice choisir ses lectures: "Elle se déplaçait lentement devant les étagères. Au début, elle ne touchait pas aux livres, elle les regardait seulement, les mains dans le dos. Parfois, elle mettait un genou en terre pour examiner les rayons du bas, et je cessais de respirer à cause de sa jupe courte. Au bout d'un moment, elle s'arrêta devant un livre. Elle lui caressa le dos avec son doigt, pencha la tête de côté pour lire le titre, puis elle le prit dans ses mains. Et, je le jure, pendant qu'elle lisait la première page, une lueur brillait dans ses yeux. Une vraie lueur, et non pas une sorte de jet lumineux comme on en voit dans les films de science-fiction. Tout son visage était éclairé. Plus tard, au retour du voyage, j'ai fait le lien avec le soleil qui inondait la galerie vitrée où je m'installais pour lire, chez nous, à la campagne. Dès lors, pour retrouver cette lumière, j'ai lu tous les livres qui me tombaient sous la main."

Et puis le roman soulève plusieurs questions dont une qui plaira sûrement aux lecteurs : Les livres aident-ils à vivre? Tout bon lecteur y croit car n’est-ce pas une des raisons qui font que nous aimons autant lire. Mais ici, nos croyances semblent se confirmer puisque les séances de lecture de Francis semblent avoir un effet thérapeutique sur les clients, chacun se portant de mieux en mieux au fil des rencontres.

Mon seul regret suite à ma lecture est que le roman n’ait pas été plus long. Il a passé si vite que je suis restée sur ma fin. J’ai lu quelque part que l’auteur avait beaucoup coupé avant de livrer sa version finale. C’est dommage, je suis certaine que j’aurais apprécié la version longue !

3.5/5

Leméac /Actes Sud, mars 2009, 160 pages.

Lisez aussi l’avis de Bouquin

Vous pouvez aussi consulter mes avis sur d'autres romans de Jacques Poulin: Volkswagen Blues, Les yeux bleus de Mistassini et Les grandes marées.

Commentaires

Haaaa, mais voilà, je n'ai pas lu "La traduction est une histoire d'amour", il me manquait donc quand même une partie pour appréhender le sens de ce roman-ci !

Je vais corriger ça :-D

Ecrit par : Cuné | dimanche, 24 mai 2009

(Psst, tu n'as pas mis les extraits ? :-D)

Ecrit par : Cuné | dimanche, 24 mai 2009

Ben oui! Pas fort! J'y remédie dès maintenant!

Ecrit par : Frisette | dimanche, 24 mai 2009

Après avoir lu l'avis de Cuné, tu me donnes encore plus envie de le lire et j'ajoute donc le premier volume, les titres déjà sont un enchantement...

Ecrit par : elou | dimanche, 24 mai 2009

J'espère que ça te plaira autant qu'à nous, même s'il faut dire que nous étions vendues d'avance. :)

Ecrit par : Frisette | dimanche, 24 mai 2009

Je suis tellement vendue que je l'ai acheté. C'est notre prochaine lecture en duo, Marc et moi. Je vais donc le lire à voix haute comme cela avait été le cas pour "La traduction est une histoire d'amour".

L'amour du mot, je sens que je vais adorer et regretter, comme toi, sa brièveté. Il est si mince d'ailleurs. J'étais fière quand j'ai réalisé qu'à ma librairie, il est troisième meilleur vendeur. C'est notable pour du Québécois !
... malheureusement.

Ecrit par : Venise | dimanche, 24 mai 2009

Je l'ai lu avec plaisir! C'est vrai qu'il aurait pu être plus long... mais j'aime tellement Poulin que je lui reproche rarement quelque chose! J'entre dans ses romans et je me laisse porter... ;)

Ecrit par : Allie | dimanche, 24 mai 2009

@Venise: Je suis aussi vendue que toi. J'espère qu'il te transportera autant qu,il l'a fait pour moi. :) Quand à sa position dans les meilleurs vendeurs, c'est bien tant mieux à mon avis!
@Allie: Tu avoueras que c'est un bien léger reproche. ;)

Ecrit par : Frisette | dimanche, 24 mai 2009

Je ne sais pas si ce livre se lit facilement quand on ne connait pas l'oeuvre de cet auteur, en tout cas, il y a des remarques très pertinentes sur l'écriture : ah, l'importance de varier son vocabulaire, de choisir le bon mot ! Même pour un blog, c'est important je trouve, et souvent difficile. Il ne faut pas laisser notre langue s'apauvrir en employant toujours les mêmes mots, c'est bien vrai.

Ecrit par : Ys | mardi, 26 mai 2009

Je suis tout à fait d'accord avec toi! Et pour un blog, comme les commentaires sont souvent des instantannés, c'est encore plus difficile d'utiliser un vocabulaire riche et varié. On ne prend pas vraiment le temps de peaufiner le texte comme on le ferait pour un roman ou un recueil de nouvelles. Ça n'empêche pas plusieurs blogs de se démarquer à cet égard.

Quand à cette oeuvre, je ne crois pas que d'avoir lu le reste de l'oeuvre de l'auteur soit un pré-requis. Par contre, c'est certain que ça enrichi notre lecture, ça permet de faire des liens supplémentaires. J'espère que ça répond à ta question.

Ecrit par : Frisette | mardi, 26 mai 2009

Je n'ai jamais lu Jacques Poulin, aussi étrange que ça puisse paraître. Je crois que je choisirai de commencer par "La traduction est une histoire d'amour"... mais ce sont ces deux-là qui me tentent le plus pou rle moment!

Ecrit par : Karine :) | samedi, 30 mai 2009

Tu vas faire un bon choix ;)

Ecrit par : Frisette | samedi, 30 mai 2009

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