samedi, 21 mars 2009
Parfois, il vaut mieux ne pas comparer...
Le libraire de Gérard Bessette
Ça faisait très longtemps que je voulais lire ce classique québécois qu’on compare souvent à L’Étranger de Camus. Malheureusement, le problème avec une telle comparaison c’est que la marche est haute, surtout que L’Étranger est un de mes coups de cœur à vie. Cette lecture ne m’a donc pas impressionnée autant que ce grand coup de cœur. Par contre, il est tout à fait juste de dire que Meursault et le libraire ont beaucoup de points communs : ils sont tous les deux taciturnes, cyniques et désabusés voire même asociaux. Quant à leurs émotions, moins ils y pensent, mieux ils se sentent.
Mais qu’en est-il de l’intrigue? Le narrateur vient de perdre son travail dans un pensionnat religieux, ce qui était d’ailleurs un paradoxe vu qu’il n’est pas croyant, ou si peu. À la recherche d’un travail où il pourra en faire le moins possible (mais sans le dire tout haut), une connaissance le référera pour devenir libraire à Saint-Joachim, dans une librairie religieuse qui cache bien son statut de dépôt de livres à l’index. Il s’installe donc dans une maison de chambres, établit sa routine quotidienne et surtout, ne se soucie absolument pas des qu’en-dira-t-on et de la morale de son époque, les années 60.
Dans ce court roman, le clergé et toutes les valeurs dont il faisait la promotion sont égratignés. On reproche, sans aucune nuance, à l’Église d’avoir utilisé ces valeurs comme un écran servant à cacher de beaucoup moins belles actions… On y traite aussi de la censure, de son application et de sa raison d’être – garder le bon peuple dans l’ignorance afin de mieux le contrôler. En gros c’est une critique à peine voilée de la société québécoise de cette époque. Certains lecteurs ont aussi parlé d’une ironie dans le propos mais personnellement, je ne l’ai ni vue, ni ressentie.
Toutefois, un autre aspect du roman m’a semblé intéressant, surtout que je sais que l’auteur est originaire d’un petit village près de ma ville d’adoption. Je n’ai pu m’empêcher de reconnaître certaines attitudes qu’on reproche aux gens qui sont originaires de la région, vis-à-vis des « immigrés » qu’ils soient du Québec ou d’ailleurs, même s’ils sont là depuis très longtemps. En effet, tous les gens qui sont arrivés ici un jour où l’autre pourront vous parler de ce sentiment de méfiance à notre égard, ce je-ne-sais-quoi qui fait qu’on a toujours l’impression de ne pas faire partie de la gang, même après de nombreuses années et décennies. C’est subtil mais toujours présent. Heureusement, on s’y fait!
Donc, Le libraire est un roman que j’ai apprécié même s’il a souffert de la comparaison avec L’Étranger. Je n’aurais peut-être pas dû m’informer à son sujet avant de le lire moi-même…
3.5/5
Karine, elle, n’a pas trop aimé.
22:57 Publié dans Littérature québécoise | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : critique sociale du québec, comparé à l'étranger, clergé


