samedi, 21 novembre 2009
Un roman inclassable à découvrir
Les amis du crime parfait d'Andrés Trapiello
Les amis du crime parfait c'est un groupe d'amateurs de romans policiers qui se retrouvent chaque semaine pour discuter littérature policière, pour essayer d'inventer un chef-d'œuvre du genre mais aussi pour refaire le monde et analyser la société. Chaque membre du groupe a un surnom, inspiré d'un héros de polar célèbre - Poe, Maigret, Sam Spade, Perry Mason, Père Brown, etc. - qui représente du même coup sa propre personnalité. Dans le club, on retrouve un avocat, un policier, une dame ayant une grande fortune familiale mais aussi un écrivain de romans policiers et bien d'autres professions. Tout se passe relativement bien jusqu'au jour où Sam Spade - de son vrai nom Paco Cortés - l'écrivain du groupe, décide qu'il en a assez d'écrire des polars et qu'il range sa machine à écrire. Sa réaction en surprend plus d'un puisqu'il est un auteur prolifique. Puis survient le drame qui bouleverse la vie de tous, le beau-père de Cortés est assassiné et bientôt le club devient la cible des enquêteurs de la police, ce qui n'a rien de rassurant pour tous ces gens ayant connu la guerre civile.
Ce roman est un titre dont je n'aurais probablement jamais entendu parler si ce n'avait été de Blog-O-Book et cela aurait été bien dommage car j'ai fait une belle découverte!
Même s'il est présenté comme un polar, je ne le classerais pas dans cette catégorie. En fait, j'ai bien du mal à le ranger dans un genre ou un autre car c'est à la fois un policier mais aussi une critique sociale, un hommage à la littérature et même un roman noir.
Au début du roman, il est un peu difficile de s'imprégner de l'ambiance car le style est différent de ce que j'ai déjà pu lire. C'est touffu, ça foisonne de mots et de personnages. On a l'impression d'être en Espagne, en plein milieu d'un marché où tout le monde parle, crie. En plus, on nous présente les personnages parfois par leur nom mais à d'autres moments par leur surnom, ce qui n'aide en rien à suivre l'intrigue. Et pourtant, on adhère! L'amour des mots et des personnages transparait à chaque page et on ne peut s'empêcher d'être conquis. Petit à petit, les fils se démêlent et on se retrouve prisonnier du roman.
« On entendait le cliquetis furieux, infatigable et nourri des touches de l'Underwood. Modesto reconnut au crépitement de la machine l'inspiration dans toute sa splendeur. Il imagina la tête de Cortés sous la forme d'une rotative imprimant à toute vitesse le flot fécond de ses pensées, tendu vers l'unique but d'ordonner le monde selon les règles bien plus sacrées que celles de la justice, alors qu'il éprouvait un respect viscéral envers la vie et ses secrets. D'où son admiration pour Cortés... »
« Quand il travaillait, il était tellement absorbé par ses personnages et son intrigue que cela neutralisait en lui toute capacité à distinguer la réalité de ce qui surgissait des formidables et géniaux bouillonnements de son cerveau et semblait prendre corps, à proprement parler, à mesure qu'il tapait. »
Puis le roman change de ton, devient plutôt une critique sociale. L'auteur dresse un bon portrait des tensions politiques et sociales qui secouent ce pays qui sort difficilement d'une guerre civile déjà lointaine. Dans cette partie, je n'ai pu que constater que mon inculture de l'histoire de l'Espagne m'a empêchée de saisir des subtilités. Par contre, cela ne m'a pas empêchée d'apprécier.
Ensuite, un peu tard dans le roman par contre, on entre dans le polar et surtout dans ce qu'il convient d'affirmer être un crime parfait, selon les critères du club. Et encore, le charme de l'écriture d'Andrés Trapiello opère. Malgré la dureté des thèmes abordés, le roman transpire la chaleur, la sincérité, l'amour des livres et des mots. Aussi l'auteur nous fait côtoyer les espagnols qui ressentent encore et toujours les tensions créées par le coup d'état.
« Les romans parlent tous de la même chose, une mort et une vie. Si ça commence par une vie et que ça finit par une mort, c'est de la littérature. Si ça commence par une mort que ça finit par raconter une vie, c'est un roman policier. Et les deux ont du bon. »
« Les gens se font des idées complètement fausses sur les éditeurs. Par exemple, ils les imaginent préoccupés de culture et de problèmes transcendantaux, le genre d'hommes sensibles qui sautent sur la moindre occasion d'appuyer la tête sur leur main avec des mines pensives et mélancoliques d'intellectuels, en se caressant négligemment la mâchoire. »
En résumé, c'est un roman inclassable mais qui vaut définitivement le détour et qui m'a permis de découvrir un univers jusqu'ici inconnu. Ça ne sera pas ma dernière incursion en territoire littéraire espagnol!
Ce roman a remporté le prix Nadal en 2003.
Merci à Blog-O-Book et aux Éditions de la Table Ronde pour l'envoi.
4/5
Quai Voltaire, octobre 2009, 363 pages.
14:48 Publié dans Littérature étrangère, Polars et suspenses | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : livre, litterature, espagne, guerre civile, roman inclassable
dimanche, 19 avril 2009
Un vent de passion sans aucune ombre au tableau
L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
Un gros coup de coeur! Et pourtant, j’avais déjà commencé ce livre auparavant mais décroché au bout d’une cinquantaine de pages. À l’époque, je m’étais dit que ce n’était probablement pas le bon moment… Mon instinct ne m’avait pas trompée car à ma deuxième tentative, ce fut le GRAND coup de foudre. C’est mon premier gros coup de cœur de l’année!
L’intrigue est loin d’être simple mais la lecture n’est pas pour autant ardue. À Barcelone en 1945, le jeune Daniel Sempere découvre le Cimetière des Livres Oubliés, un lieu que seuls les initiés connaissent et que son père lui fait connaître. La tradition veut que tout nouveau visiteur y adopte un livre méconnu et tente de le sauver de l'oubli. Daniel choisira "L'Ombre du vent" de Julian Carax. Par curiosité, il se renseigne sur la vie et sur le reste de l’œuvre de l’auteur, ce qui l’entraînera dans toute une série d’aventures, parfois dignes d’un polar, à d’autres moments poétiques, plus tard initiatiques et même fantastiques. En fait ce roman est comme un diamant avec de multiples facettes, dépendamment de la lumière avec laquelle on le regarde, il change du tout au tout.
Ici et là, des lecteurs ont mentionné que le roman avait parfois quelques longueurs. Personnellement, je n’ai absolument pas eu cette impression. Au contraire, j’ai trouvé que chaque parenthèse, chaque digression et chaque anecdote apportait plutôt de la profondeur et de la richesse au récit. Dans la première moitié, l’auteur tisse sa toile avec tout plein de détails sans lien apparent. J’ai adoré qu’il me lance sur toutes sortes de pistes ne menant à rien, comme dans un bon polar. C’est à partir de ce moment, j’ai été accro. Et par la suite, quand il dénouait les fils de son intrigue, je n’ai pu que me laisser porter. Mais surtout, j’ai trouvé jouissif cet amour des livres et de littérature qui poussait le jeune héros à aller au bout de ses intuitions, malgré la peur. En somme, j’ai été envoûtée par ce roman, et le temps de ma lecture, la Terre a arrêté de tourner.
5/5
Le Livre de Poche, janvier 2006, 636 pages.
En surfant sur le Net (mais je ne sais plus où!), j’ai découvert que le deuxième roman de Carlos Ruiz Zafon paraîtra bientôt en français. Avis aux intéressés!
19:33 Publié dans Littérature étrangère | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : livre, litterature, espagne, guerre civile, suspense


