jeudi, 30 mars 2006

Celle dont s'inspire le film Brokeback Mountain

Les pieds dans la boue d'Annie Proulx

J'ai souvent entendu parler de cette célèbre auteure américaine et je m'étais promis de lire Noeuds et dénouements ainsi que Les crimes de l'accordéon dont j'avais entendu le plus grand bien. Toutefois, la sortie du film Brokeback mountain m'a offert un prétexte pour débuter par le recueil de nouvelles qui a inspiré le film.

L'auteure nous offre onze nouvelles mettant toutes en scène le Wyoming , les ranchers, les cowboys et la vie rude des campagnes du Midwest américain. Par différentes capsules, elle nous offre le quotidien de ces gens: l’histoire d’amour de deux cows-boys qui sont radicalement séparés par l’intolérance, l’obsession d'un jeune homme pour le rodéo, la solitude d’une jeune fille pas très jolie qui se voit contrainte de parler à tracteur pour briser son isolement. Autant d'histoires tristes et rudes que nous offre Annie Proulx.

Malheureusement, le charme n'a pas opéré avec moi. Bien souvent, j'ai lu certaines histoires en diagonale ayant plutôt l'impression de lire l'ébauche d'un roman, avec des idées s'enchaînant sans aucune transition, comme si l'auteure n'avait pas pris le temps de peaufiner son travail. Sans compter que, bien des fois, on ne voyait pas trop où l'auteure voulait en venir. Elle terminait son histoire sans aucune chute et nous laissait avec l'impression d'avoir lu une histoire inachevée. En d'autres occasions, c'était plutôt l'impression de lire une série de faits accolés les uns aux autres, sans lien apparent, sans compter le peu d'intérêt qu'ils offraient.

Après cette lecture, je ne sais plus trop si je tenterai le reste de son oeuvre. J'ai peur d'être déçue.

2/5

mercredi, 29 mars 2006

Pour l'amour de la langue française

La grammaire est une chanson douce d'Erik Orsenna

Alors là, je suis vraiment tombée sous le charme... C'était tellement beau de voir comme l'auteur aime la langue française et tente de transmettre cet amour aux lecteurs.

Ce conte est rempli d'images très évocatrices. J'ai craqué pour sa façon de voir l'accord des mots, l'association qu'il fait avec le magasinage, le mariage, etc. J'ai adoré voir la langue française de cette façon, c'était même émouvant.

Ce livre va définitivement faire le tour de mes amis, c'est le genre de bouquin que j'aime prêter, question de voir ce qu'en retiennent les gens et de pouvoir échanger. Je vais aussi le prêter à mes collègues qui enseignent le français. Ça va sûrement leur donner des idées pour les élèves.

Vraiment une très belle lecture pour moi!

4.5/5

lundi, 27 mars 2006

Pourquoi l'histoire ne nous apprend-elle rien?

En prélude à un témoignage que je m'apprête à lire prochainement, je vous offre la critique d'un roman qui m'a profondément marquée.

Un dimanche à la piscine de Kigali de Gil Courtemanche

Un dimanche à la piscine de Kigali raconte les origines et la montée de violence qui ont mené au génocide du Rwanda. Il raconte aussi le quotidien des rwandais, des coopérants et des diplomates qui ont assisté à cette effroyable tuerie. Mais surtout le roman lève un peu le voile sur les coupables de ces atrocités, et ce n’est pas uniquement ceux qui les ont commises…

Gil Courtemanche réussit ici la prouesse de ne pas seulement nous émouvoir et nous scandaliser. Par le biais de son histoire, il nous fait comprendre les événements qui ont mené aux massacres. Il nous fait vivre le quotidien des étrangers : coopérants, diplomates, forces de l’ONU, qui ont assisté aux événements du Rwanda, sans toutefois se mouiller. Il relate les faits sans tomber dans la description clinique pas plus que dans la propagande. Bref, il nous instruit sans qu’on le soupçonne et nous fait voir les dessous de cette histoire. Et ma fois, il réussit avec brio.

Ce roman fut pour moi une douloureuse découverte, un peu comme Allah n’est pas obligé d’Amahdou Kourouma. Je suis stupéfiée et scandalisée de voir que bien des diplomates ne sont que des pantins. Que les grandes puissances tirent les ficelles qui mènent à ces tragédies. Mais surtout de voir jusqu’où la folie humaine est capable d’aller. Tuer à cause de simples différences physiques ou ethniques, n’est-ce pas là la plus absurde des raisons. Et de découvrir qu’un assassin sommeille en chacun de nous… ou presque. Les rwandais ayant été élevés dans la haine, un tel conflit était inévitable. Mais pourquoi n’avons-nous rien appris… Il n’y a pas si longtemps, d’autres grandes tueries ont eu lieu en Irak et en Afghanistan. Sans parler de la Bosnie… Où aura lieu la prochaine? C’est surtout ce que je retiens de ce roman et ce n’est pas sans me terrifier...

5/5

dimanche, 26 mars 2006

Mon premier Stephen King!

Oui je sais, c'est incroyable qu'une lectrice assidue comme moi n'ait jamais essayé aucun livre du grand Stephen auparavant. Et pourtant... Je ne sais pas ce qui me retenait mais une chose est sûre maintenant que j'y ai goûté, il est certain que je renouvellerai l'expérience.

La part des ténèbres de Stephen King

Thad Beaumont est un écrivain connu qui, pour son premier roman, a été en lice pour un prix prestigieux malgré le peu d'intérêt du public. Par la suite, l'angoisse de la page blanche lui a fait écrire des romans noirs et sanglants sous le nom de plume de George Stark et il a délaissé ses livres plus conventionnels. Jusqu'au jour où Thad décide de faire mourir George Stark. Son alter ego se rebellera et ira loin pour convaincre Thad de le faire revivre...

C'était mon premier Stephen King et je dois dire que j'ai adoré. L'auteur sait habilement tirer les ficelles de son intrigue pour nous tenir en haleine et nous faire croire à l'incroyable. Et il sait aussi nous surprendre avec des théories qui bien qu'incroyables n'en sont pas moins crédibles. Mon esprit pourtant très cartésien y a cru du début à la fin, et ça c'est déjà quelque chose! J'aime aussi beaucoup le style de l'auteur, une plume fluide qui ne nous perd pas dans des détails inutiles juste pour nous embrouiller. Un seul petit bémol, l'histoire est un peu lente à démarrer. Mais après on le dévore jusqu'à la fin! J'ai déjà hâte de me régaler avec d'autres titres!

4/5

Vous pouvez aussi lire ma critique de Marche ou crève ici.

samedi, 25 mars 2006

Aki Shimazaki ou l'art de la concision

Aki Shimazaki est d'origine japonaise mais habite Montréal depuis plusieurs années. Elle a choisi d'écrire directement dans sa langue d'adoption. Mais comme on ne peut pas vraiment se départir complètement de ses influences et de ses origines, elle a un style tout à fait asiatique: épuré, simple mais très fort.

Voici une présentation de ses quatre premiers romans.

Tsubaki d'Aki Shimazaki
 
Sur le point de mourir, Yukiko se décide à faire la lumière sur ses origines et sa vie au Japon avant son mariage.  Par le billet d'une lettre posthume, elle racontera à sa fille comment elle a survécu à la bombe atomique de Nagasaki et ce qui l'a amenée à assassiner son père.
 
Aki Shimazaki a une belle plume - directe et sans fioritures - sans pour autant être froide ou aride.  L'histoire qu'elle nous raconte lève le voile sur la vie du peuple japonais et sur la vision qu'ils ont eu de la 2e Guerre Mondiale.  Une vision qui nous a été très peu présentée.
 
Mais Tsubaki n'est pas qu'une histoire de guerre.  C'est aussi le récit -admirablement bien raconté - d'une histoire d'amour impossible.
 
Un petit roman merveilleux !!!

4.75/5

Hamaguri d'Aki Shimazaki
 
Encore une fois, Aki Shimazaki nous raconte la même période de l'histoire japonaise mais cette fois avec les yeux de Yukio.  Elle nous fait le récit d'un amour qui ne pourra jamais éclore.
 
Comme dans ses autres romans, l'écriture est simple mais poétique.  Elle ne donne que peu de détails, nous laissant le loisir d'imaginer.  Mais ce que j'aime surtout dans les romans de l'auteure, c'est de voir une même histoire sous différentes facettes, tout dépendant des yeux avec lesquels on la regarde.  Une merveille encore une fois.

4/5

Tsubamé d'Aki Shimazaki
 
Cette fois-çi, on nous raconte l'histoire de Mariko.  Cette histoire s'imbrique dans celle racontée dans Tsubaki.  Le récit débute un peu plus tôt - en fait lors du tremblement de terre de 1923.  C'est un peu comme si cette portion de l'histoire japonaise nous était racontée sous une autre perspective, celle d'une immigrante coréenne.  On nous permet de voir l'attitude des japonais face aux étrangers et aux immigrants.
 
Encore une fois le récit est bref et direct mais les émotions sont toujours aussi présentes.  L'auteure nous fait découvrir une culture bien différente de la nôtre mais combien intéressante et intrigante.

4.5/5


Wasurenagusa d'Aki Shimazaki
 
Encore une fois, Aki Shimazaki m'a envoutée avec son écriture toute simple.  Dans ses textes, pas de fioritures et de fla-fla.  Mais sa façon de raconter... c'est bien simple, on ne peut pas lâcher le livre!  Elle va à l'essentiel mais réussit à y ajouter juste ce qu'il faut d'émotion. 
 
Ce roman est comme les autres, une petite merveille!  Je vous le recommande fortement.  Vous ne serez absolument pas déçus.

5/5

Vous pouvez aussi consulter ma critique de Zakuro, ici.

vendredi, 24 mars 2006

Russell Banks - Hommage aux nuances de gris

Russell Banks est passé maître dans l'art de mettre en scène des héros torturés ayant un parcours de vie semé d'épreuves et de secrets cachés. Je vous offre ici mon avis sur deux titres de l'auteur.

American Darling de Russell Banks

Hannah Musgrave a eu un parcours de vie assez singulier, parcours sur lequel elle revient, à l'aube de la soixantaine. Née dans une famille américaine aux moyens financiers aisés, elle est devenue une rebelle recherchée à cause de son activisme politique. D'abord dans la clandestinité puis exilée en Afrique, elle fuit constamment. Officiellement, elle dit fuir les autorités mais peu à peu on s'aperçoit que c'est plutôt d'elle-même qu'elle cherche à se sauver. Graduellement, elle fait la paix avec son passé et nous livre son parcours de gauchiste, de femme d'homme politique africain, de mère et de grande défenderesse des chimpanzés.

Comme à son habitude, Russell Banks nous offre un roman empreint d'une certaine tristesse. Les héros qui pataugent dans les regrets, il connait et il les incarne à merveille. Ici, il nous offre en plus une page méconnue de l'histoire. L'histoire de l'Afrique est rarement mise en scène et cela rend le roman d'autant plus intéressant.

Toutefois, peut-être avais-je trop lu d'excellentes critiques, mais je m'attendais à plus, à mieux. Le roman n'est pas inintéressant ou mauvais, loin s'en faut! Mais je n'ai pas ressenti le coup au coeur, celui qui fait qu'on classe un roman dans les incontournables. Pourtant, les éléments étaient là. Il n'a manqué qu'un petit élan de sympatie et d'affection pour l'héroïne. Mais malheureusement, sa froideur et son absence de sentiments m'ont un peu refroidie.

Mais, il ne faut pas passer à côté de ce roman pour autant! Car, malgré ce défaut, vous passerez très certainement un excellent moment en compagnie d'Hannah Musgrave.

4/5

De beaux lendemains de Russell Banks

Dans un petit village des Adirondacks, au nord de l’état de New York, le bus scolaire conduit par Dolorès Driscoll a un accident dans lequel plusieurs enfants périssent. Dolorès s’en sort vivante ainsi que quelques enfants et une jeune adolescente qui par contre perd l’usage de ses jambes. Le roman raconte comment le village réagit face à l’accident, de la recherche d’un coupable à la course au procès typiquement américaine. Mais surtout, il raconte comment chacun reste marqué à jamais par l’événement.

Dans les premiers chapitres, je n’aimais pas vraiment ma lecture. L'ambiance glauque etengluée dans le malheur me pesait. Je n'aimais pas cette impression de complaisance dans la tristesse et la souffrance. C’était trop appuyé. Puis, l’ambiance est devenue moins lourde, sans pour autant être moins triste. Je croyais plus à la douleur de ses gens.

Il n’en reste pas moins que le regard qu’on jette sur les gens de ces petits villages reculés est assez dur. Bien peu d’individus sont sans tache. À croire que tous ont un immense secret à cacher. Mais il faut dire que Russell Banks sait y faire lorsqu’il s’agit de décrire les personnages et de nous faire comprendre leurs motivations. Bref une belle lecture, mais à éviter lorsqu’on est déprimé...

4/5

jeudi, 23 mars 2006

Incontournable!!!

L'homme noir de Robin Hobb
Tome 12 de la série L'Assassin royal

Nous aprochons de la fin de la série et cela se sent!!! Les événements s'enchaînent les uns à la suite des autres avec une intensité qui va crescendo.

Sur l'île d'Aslevjal, les troupes du prince Devoir relèvent le défi visant à tuer le dragon Glasfeu afin de réunir les peuples des Six-Duchés et des Îles d'Outremer, ramenant ainsi la paix. Mais en même temps, l'auteur nous livre des informations qui mettent bout à bout toutes les pièces du puzzle. Et il faut le dire, Mme Hobb sait très bien comment mener une intrigue pour nous garder sous le charme.

Mais surtout ce qui m'a éblouie c'est toute l'imagination qu'il a fallu à l'auteur pour créer l'univers dans lequel ont évolué les personnages de la série. Tout le travail d'analyse et de création qu'il a fallu pour inventer un monde imaginaire mais en même temps crédible, tout en ne livrant que quelques parcelles d'information dans chacun des tomes. Juste pour ça, cette série est déjà un chef-d'oeuvre!

Quant aux personnages, elle y ajoute ici une profondeur qui augmente encore plus la qualité de l'oeuvre. Pas surprenant que je sois une grande fan!

À mon avis, c'est certainement le meilleur tome de la série paru à ce jour.

5/5

mardi, 21 mars 2006

Un regard différent sur les sorcières de Salem

Moi, Tituba sorcière noire de Salem de Maryse Condé

Tituba est née à La Barbade, d'une mère esclave violée par un marin. À cause de cela, sa mère ne l'aime pas et elle devient la fille spirituelle de Man Yaya, une guérisseuse. Elle rencontrera et épousera John Indien, ce qui l'entraînera jusqu'à Boston puis à Salem où elle sera jugée pour sorcellerie lors du célèbre procès. Sa vie, Maryse Condé a choisi de s'en inspirer librement pour rendre sa noblesse à une oubliée, une femme pourtant courageuse et pleine de ressources

Pour nous raconter la vie de son héroïne, l'auteure la laisse nous relater son histoire. Et c'est particulièrement réussi! Très rapidement, Tituba nous rallie à sa cause et on ne peut faire autrement que l'aimer. On ne peut s'empêcher d'admirer sa force et son optimisme devant les épreuves de la vie, épreuves qui sont bien plus grandes que ce que le commun des mortels endurerait... L'auteure réussi aussi très bien à rendre les atmosphères. Lors du procès des sorcières, la tension ressentie au fil des pages est à couper au couteau. Si seulement l'histoire ne s'essouflait pas vers la fin, nous aurions eu droit à un chef-d'oeuvre!

Je vous le recommande chaudement!

4/5

Le temps qui passe...

Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part d'Anna Gavalda

J'ai lu ce recueil de nouvelles suite aux critiques lues un peu partout sur le Net. Grâce à elles, j'ai eu la possibilité de découvrir un petit bouquin charmant et plein de fraîcheur ainsi qu'une auteure que je ne connaissais pas et dont j'ai beaucoup aimé la plume.

On se reconnaît un peu dans ces histoires et c'est amusant de voir le regard que jette l'auteure sur les petits et grands moments du quotidien. Plusieurs petites anecdoctes m'ont fait sourire. Le ton qu'elle donne à ses nouvelles les rend aussi très pétillantes.

Bref c'est un beau petit livre pas très long mais, vraiment bon.

4.25/5

lundi, 20 mars 2006

Encore une belle découverte grâce aux Allusifs

L'Autre de Pan Bouyoucas

L'Autre se déroule dans un petit village de pêcheurs de l'île grecque de Léros. À cause d'indices comme l'occupation d'une partie de l'île par les Turcs, je me suis demandée s'il ne s'agissait pas de Chypre mais je n'ai pu trouver réponse à ma question...

Donc, Thomas habite l'île depuis toujours et souhaite devenir marin. Mais son père meurt et sa mère tombe malade. En plus, les occupants de la 2e guerre ont laissé des mines qui empêchent la population de subvenir à ses besoins. D'ailleurs, à cause d'une grenade, Thomas perd une jambe. Cela le détruit au point de lui faire renoncer à son amour et même à sa dignité, croyant que personne ne peut l'aimer il devient solitaire, accepte de devenir une curiosité touristique et qu'on l'appelle "Tripodis" (une jambe et 2 béquilles). Heureusement, La Bionda finit par réussir à l'apprivoiser. Un amour qui lui convient, bien qu'elle ne soit pas un grand amour. Mais Olga, son grand amour de jeunesse, auquel il a renoncé, revient à Léros en compagnie de L'Autre, un homme qui lui ressemble comme 2 gouttes d'eau, qui porte le même nom et qui semble même avoir pris son identité. Ils sont venus pour vendre la maison de Thomas, celle de sa mère qu'ils affirment posséder...

L'Autre est un roman déroutant. Déroutant par tous les non-dit qu'il comporte. Déroutant par l'ambiance propre au lieu. Déroutant par la détresse contenue de Thomas. Mais surtout, déroutant par sa finale, une finale qui laisse la porte ouverte à plusieurs conclusions et que je ne suis pas certaine d'avoir tout à fait comprise...

Malgré, ce défaut j'ai adoré ma lecture, j'ai été happée par l'histoire. J'ai eu beaucoup de sympathie pour cet homme que le destin a brisé et qui a achevé sa vie quasiment seul, ne parvenant pas à accepter son handicap. Une lecture qui fait réfléchir et qui montre un auteur avec un style intéressant. Ce n'est sûrement pas mon dernier livre de cet écrivain.

4/5

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