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lundi, 31 décembre 2007
L'humanisme enseignant
Chagrin d'école de Daniel Pennac
Quel bonheur ce fut pour moi de lire Chagrin d'école! Bonheur, parce que j'ai parfois eu l'impression de lire ce que j'aurais pu écrire. Je parle évidemment du propos car je ne prétends absolument pas écrire aussi bien que M. Pennac! Bonheur car, trop souvent au boulot, j'ai l'impression d'être une irréductible gauloise qui croit encore à son métier malgré toutes les difficultés et les contraintes matérielles ou temporelles. Bref, je me suis retrouvée dans ce livre. Et puis, comme j'aime déjà beaucoup M. Pennac, pour avoir lu une grande partie de son oeuvre, j'ai adoré découvrir qu'il avait été prof et qu'on partageait un même amour de la pédagogie.
Certains ont pourtant reproché à l'auteur d'être un peu trop idéaliste. Moi je suis persuadée du contraire. En effet, ce qui pousse les jeunes à réussir et à se surpasser c'est souvent la confiance en eux que nous leur transmettons, c'est le respect qu'on a leur égard et c'est la passion pour notre matière qu'on leur démontre. Ce n'est pas toujours facile mais selon mon expérience, ça fonctionne. J'ai enseigné à beaucoup de cancres. J'ai même eu des classes qui ne contenaient que ça. Et avec certains élèves, j'ai réussi. Et c'est pas facile de faire aimer les maths, croyez moi! Souvent, des élèves m'ont dit: pour vous faire plaisir madame, je vais travailler pour avoir une bonne note. Chaque fois, j'ai pris ça comme une victoire. Ça commence comme ça, on réussit pour faire plaisir à quelqu'un et plus tard, on le fait juste pour soi. Alors oui, comme Daniel Pennac, je dois être une idéaliste. Et savez-vous quoi, je n'ai pas envie de me soigner!
Dans cet essai, un passage m'a beaucoup marquée. Pour moi, il illustre ce que ne devrait jamais oublier un enseignant.
"Nos "mauvais élèves" (élèves réputés sans devenir) ne viennent jamais seuls à l'école. C'est un oignon qui entre dans la classe: quelques couches de chagrin, de peur, d'inquiétude, de rancoeur, de colère, d'envies inassouvies, de renoncement furieux, accumulées sur fond de passé honteux, de présent menaçant, de futur condamné. Regardez, les voilà qui arrivent, leur corps en devenir et leur famille dans leur sac à dos. Le cours ne peut vraiment commencer qu'une fois la fardeau posé à terre et l'oignon épluché. Difficile d'expliquer cela, mais un seul regard suffit souvent, une parole bienveillante, un mot d'adulte confiant, clair et stable, pour dissoudre ces chagrins, alléger ces esprits, les installer dans un présent rigoureusement indicatif.
Naturellement le bienfait sera provisoire, l'oignon se recomposera à la sortie et sans doute faudra-t-il recommencer demain. Mais c'est cela, enseigner: c'est recommencer jusqu'à notre nécessaire disparition de professeur. Si nous échouons à installer nos élèves dans l'indicatif présent de notre cours, si notre savoir et le goût de son usage ne prennent pas sur ces garçons et sur ces filles, au sens botanique du verbe, leur existence tanguera sur les fondrières d'un manque indéfini. Bien sûr nous n'auront pas été les euls à creuser ces galeries ou à ne pas avoir su les combler, mais ces femmes et ces hommes auront tout de même passé une ou plusieurs années de leur jeunesse, là, assis en face de nous. Et ce n'est pas rien, une année de scolarité fichue: c'est l'éternité dans un bocal.
Et puis, il y a eu aussi les chapitres où il raconte son propre passé de cancre. Ces chapîtres devraient être lus par tous les futurs enseignants. Car, si on n'a jamais été un cancre, c'est drôlement utile de savoir ce que ça représente pour l'enfant. Le sachant, il me semble évident qu'on fera plus attention à ne pas attiser et aggraver la honte qu'ils ressentent.
À mon avis, il n'y a qu'un seul petit bémol face à cet ouvrage: le dernier tiers. Cette portion m'a parfois semblé moralisatrice. Mais surtout, je l'ai trouvée beaucoup moins captivante.
En bref, jetez-vous sur ce titre. C'est un bonheur de lecture garanti!
Chagrin d'école s'est mérité le prix Renaudot 2007.
4/5
Pour en savoir plus, allez lire les avis de Laurent, Dytal et Cathulu
16:30 Publié dans Essais | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
dimanche, 30 décembre 2007
Meurtre à l'islandaise
La cité des jarres d'Arnaldur Indridason
À Reykjavik, un vieil homme est découvert dans son appartement, victime d'un assassinat. Près du corps, on trouve un message qui laisse les enquêteurs perplexes: je suis lui. Et en fouillant un peu plus, c'est la photo de la tombe d'une enfant de 4 ans qui est mise au jour. L’inspecteur Erlendur tente de démêler tous ces indices qui ne semblent pas coller les uns avec les autres. Il découvre des secrets pas très reluisants, vieux de plus de 30 ans. Petit à petit, il démêle ce qu'a été la vie du vieillard, pas exactement le genre d'homme qu'on voudrait avoir pour grand-père...
Et tout ça en même temps qu'on fait la découverte d'une Islande qui ne ressemble en rien aux magnifiques images que l'on peut voir sur les brochures touristiques, malgré une criminalité plutôt faible. Un pays où il semble pleuvoir continuellement, du moins d'après ce qu'en dit Indridason.
Et puis il y a ce héros, l'inspecteur Erlendur. Un flic qui a tout de l'anti-héros en fait, un peu comme le Kurt Wallander d'Henning Mankell. Un policier un peu bougon, qui vivait seul jusqu'à ce que sa fille toxicomane débarque, qui se nourrit de trucs surgelés infects mais qui veut à tout prix comprendre ce qu'il y a derrière tous ces indices, même si cela peut dérouter et surprendre ses collègues.
Juste à lire mon résumé, vous avez probablement compris que j'ai adoré! Normal, je suis fan d'Henning Mankell et je trouve ici ce qui me plait tant dans chez celui-là. En plus, on m'offre un roman noir et pour ça aussi je craque. Ajoutez à cela un décor scandinave et je deviens complètement accro. Ce n'est donc pas surprenant que j'aie déjà acheté le tome suivant.
La Cité des Jarres a obtenu le prix Clé de Verre du roman noir scandinave en 2002, le prix Mystère de la critique en 2006 et aussi le prix Cœur Noir.
4.5/5
Vous pouvez aussi consulter les critiques de Baratin, Tamara, Katell, Chimère, Elfe et tous les autres que j'oublie!
19:45 Publié dans Polars et suspenses | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
samedi, 29 décembre 2007
Paysages québécois
Ce matin, je vous offre un message sans aucun rapport avec la littérature. En effet, j'ai plutôt le goût de partager avec vous quelques images rapportées de mon récent séjour chez mon papa. Voici donc quelques photos prises lors d'une petite escapade en ski.
Petite note aux européens: Malgré l'impressionnante quantité de neige et de glace, il ne fait pas froid du tout. Le thermomètre indiquait une température tout près de zéro degré!





11:00 Publié dans Blabla | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
mercredi, 26 décembre 2007
Encore une fois, son talent de conteur opère
Vous êtes ici de François Gravel

Avec ce dernier titre paru, François Gravel a été fidèle à ses oeuvres précédentes. Il nous a donc présenté des gens bien ordinaires dans un milieu tout aussi ordinaire. Et à vrai dire, en lisant la 4e de couverture, j'étais loin d'être convaincue que ça allait me plaire... D'ailleurs, je vous la recopie ici:
"Des pères Noël verts et des téléviseurs peints en rouge, une enseigne de McDo fondue et des manteaux de cuir abandonnés dans un plafond, une vieille dame qui cherche en vain le traversier qui la ramènera dans le passé: rien ne va plus aux Galeries de la Rive-Sud. Heureusement qu'il s'y trouve des agents de sécurité cultivés qui prennent leur métier à coeur. Véritables casques bleus, les membres de cette équipe hétéroclite - à laquelle s'est récemment joint Viateur - ont de quoi s'occuper. Parfois même plus qu'ils n'en demandent. Mais pour un ancien prof de mathématiques comme Viateur, il n'y a rien de plus satisfaisant pour l'esprit que la résolution d'un problème. Ceux qui ne fréquentent les centres commerciaux que pour faire des achats ne savent pas ce qu'ils manquent... "
Mais bon, puisque c'est du François Gravel et que j'adore sa plume, j'ai tout de même plongé dans le roman avec un certain enthousiasme. Dans "Vous êtes ici", il nous transporte dans un centre commercial, au sein d'une équipe d'agents de sécurité. Déjà, ça commence mal car il n'y a rien que je déteste plus que magasiner!
Le roman débute comme un roman policier alors que des manteaux sont volés puis retrouvés un peu plus tard, dans le plafond de la boutique. Mais tout ça n'est qu'un prétexte. En fait, l'auteur souhaite nous faire connaître ses différents personnages, des gens tous plus attachants les uns que les autres. Des gens bien ordinaires qu'on se plait à suivre tellement ils sont remplis d'humanité. Et à ce niveau là , l'auteur a réussi sa mission. J'ai aussi bien aimé la critique sociale qu'on pouvait lire entre les lignes du récit. Ça n'est jamais agressif ou méchant. Juste un peu ironique, question de nous faire réfléchir sur certains travers de notre société comme notre engouement pour les vedettes instantanées ou nos folies de consommateur. Le passage sur le fameux "boxing day" m'a d'ailleurs bien fait sourire, d'autant plus que c'est d'actualité, un 26 décembre!
Par contre, l'intrigue manquait un peu de punch. Il y avait des longueurs, des passages où ça s'essouflait. Par moment, on aurait aussi aimé qu'il y ait un peu plus d'atmosphère, d'âme. Mais je ne veux pas non plus vous faire peur, c'est loin d'être ennuyant à mourir! Après tout, M. Gravel est un de nos meilleurs conteurs.
En gros, même si ce titre n'est définitivement pas le meilleur de François Gravel, on y retrouve avec bonheur ce qui fait de lui un auteur qu'on a toujours du plaisir à lire. Et pendant la saison froide, un roman réconfortant comme celui-là, c'est un peu comme un bon plat mijoté après une journée au grand air, ça se prend bien!
3.5/5
D'autres critiques des oeuvres de François Gravel
17:25 Publié dans Littérature québécoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 25 décembre 2007
Joyeux Noël !!!
Voici un tout petit mot afin de souhaiter à tous les lecteurs de ce blogue un très joyeux Noël!
Je vous informe aussi qu'à ma grande joie, le congé des fêtes est très profitable pour mes lectures. En effet, depuis que je suis partie vers mon pays de neige, j'ai déjà réussi à épuiser les livres que j'avais emportés. C'est une première ! Heureusement que mon petit papa a une bibliothèque bien garnie dans laquelle j'ai pu puiser quelques titres... À mon retour à la maison (dans quelques jours, soyez sans crainte!) je déposerai donc plusieurs critiques. Ça sera mon petit cadeau de Noël.
D'ici là, je vous souhaite de très beaux moments en famille et avec ceux qui vous sont chers!

15:25 Publié dans Blabla | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
lundi, 03 décembre 2007
C'est la journée des bonnes nouvelles!
Ce week-end, en lisant La Presse de samedi, j’ai fait une découverte réjouissante. À la une du journal, on annonçait : « Les romans rendent plus riche ». Je n’ai pas pu résister, je me suis rendue illico à la page où se trouvait cet article. Je l'Avoue, si j’ai des chances de m’enrichir en lisant, je suis partante ! Bon finalement, je suis un peu déçue par qu’il n’y a pas de recette miracle mais quand même, j’y ai appris quelques trucs intéressants.
Avis à ceux et celles qui veulent encourager leur enfant à lire plus ou avoir des arguments à offrir à leur conjoint quand il se plaint que vous lisez trop, cet article est pour vous !
Et pour vous éviter de tomber sur une page qui n’est plus accessible, je vous ai copié cet article paru dans La Presse du 1er décembre 2007.
Les romans rendent plus riche par Mathieu Perreault
La Presse du 1er décembre 2007
"Le déclin de la lecture de romans, particulièrement chez les adolescents, menace l'économie nord-américaine, selon une nouvelle étude du National Endowment for the Arts, un organisme du gouvernement américain. Cette baisse compromet les capacités des travailleurs de comprendre les textes simples qu'ils doivent lire et écrire dans le cadre de leur travail.«Moins il y a de livres dans la maison, et moins un élève passe de temps à lire pour le plaisir, moins il aura de bonnes notes», explique Sunil Ayengar, l'un des auteurs du rapport.
«Moins il aura de succès à l'école, moins ses perspectives d'emploi seront bonnes. Nous n'avons pas pu prouver statistiquement les liens entre la lecture de romans et la baisse générale du niveau de lecture et d'écriture d'une part, et la croissance économique et le niveau de vie d'autre part, mais les liens indirects abondent.»
Le Canada n'échappe pas à cette tendance: entre 1986 et 2005, selon Statistique Canada, le temps consacré à la lecture dans les foyers canadiens est passé de 18 à 10 minutes par jour, une baisse beaucoup plus importante que la baisse de visionnement de télévision ou de films - de 95 à 79 minutes par jour.
Mais la situation n'est pas aussi grave qu'aux États-Unis: une étude de 2005 de l'OCDE, qui regroupait sept pays, plaçait le Canada en tête de peloton en matière de capacités de lectures de romans et de documents, loin devant nos voisins du Sud.
Dans l'étude du National Endowment, près des deux tiers des préadolescents avaient lu un roman pendant plus de cinq minutes la veille du jour où ils étaient interrogés, mais seulement le tiers des adolescents.
Néanmoins, le péril est identique, selon Régine Pierre, professeure au département d'éducation de l'Université de Montréal.
«Les États-Unis sont en avance sur nous pour la mesure des impacts économiques de la difficulté à lire des textes, dit Mme Pierre. Nous avons traditionnellement inclus toutes les formes de lecture, y compris les journaux (comme l'étude de Statistique Canada). Mais pour bien s'exercer à lire, il faut avoir des textes plus exigeants, comme des romans. Mesurer la lecture de romans, comme l'étude du National Endowment le fait, est très pertinent.»
Le problème commence dès la première année, selon Mme Pierre.
«On apprend aux enfants à deviner les mots. Ça les encourage à lire rapidement. J'ai souvent des étudiants, à l'université, qui me disent "pourquoi m'avez-vous mis une erreur, j'ai écrit ce que vous nous disiez dans les notes de cours." Je leur dis de relire les notes, et ils constatent qu'ils ont mal lu. Les impacts économiques sont énormes, parce que les emplois demandent de plus en plus de manipuler des formulaires et des machines. Récemment, une commande que j'avais faite à une papeterie a donné lieu à deux erreurs de livraison, parce que les employés avaient mal lu ce que je demandais.»
TEMPS CONSACRÉ À LA LECTURE
1986: 18 minutes par jour
1992: 17 minutes par jour
1998: 15 minutes par jour
2005: 10 minutes par jour
Source: Statistique Canada"
14:10 Publié dans Blabla | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Mon pays c'est l'hiver!
Hier encore, du moins dans mon coin du Québec, c'était frais mais on ne pouvait pas dire que l'hiver était là. Le gazon était visible malgré quelques petits flocons par-ci par-là.
Eh ben là, faut le dire, en une seule nuit, l'hiver est arrivé!!! Un gros 30 cm de neige floconneuse est tombé pendant qu'on roupillait. À 5h15 ce matin, j'avais même un appel pour m'annoncer que je pouvais rester au lit car l'école était fermée. Donc, après la corvée de pelletage et la promenade du chien devenu complètement fou à cause de cette bordée dans laquelle il a été possible de se rouler, j'ai pu savourer mon roman avec un bon chocolat chaud!
Vive l'hiver!

13:54 Publié dans Blabla | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
dimanche, 02 décembre 2007
L'apprentissage du métier de détective
Mma Ramotswe détective d'Alexander McCall Smith
À la mort de son père, Precious Ramotswe hérite de son troupeau. Afin de réaliser son rêve, elle le vend et ouvre un agence de détectives à Gaborone, la capitale du Botswana. Ce sera, l'agence No 1 des Dames Détectives, une agence exclusivement féminine. C'est un pari risqué puis que Mma Ramotswe ne connait absolument rien du métier de détective. Elle apprendra donc au fur et à mesure, sur le tas et en lisant des livres sur le métier. Les premières enquêtes sont plutôt simples mais petit à petit, elle se fera un nom. Elle aura des clients de plus en plus connus et des enquêtes de plus en plus palpitantes.
Sympatique, voilà le qualificatif qui convient à ce roman. On nous le vend comme un policier mais vraiment, cela n'est absolument pas le cas, du moins pour ce premier tome. L'auteur utilise plutôt le sujet comme prétexte pour nous faire découvrir le Botswana, et c'est là que réside l'intérêt du roman. En fait, l'intrigue policère m'a laissée de marbre et je n'y ai trouvé aucun intérêt. Par contre, j'ai adoré découvrir ce pays africain que je ne connaissais pas du tout. J'ai découvert avec attendrissement le regard que cette femme porte sur son pays et ses compatriotes. J'ai été touchée par son grand coeur et son envie de sauver le monde. J'ai donc passé un bon moment, même si je n'ai pas été transportée par ma lecture.
3/5
Elles l'ont lu aussi: Gachucha, Chimère et Papillon
22:10 Publié dans Polars et suspenses | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note





