vendredi, 27 mars 2009
Que de questions!
La gueule du loup de Nadia Gosselin
La gueule du loup, c’est un roman que j’ai découvert grâce à Cuné qui avait du mal à le trouver en France et qui m’a proposé un petit échange, comme ceux que nous avons déjà fait souvent (j'ai d'ailleurs reçu plein de belles surprises dont je vous parlerai bientôt!). En bonne « copine-net », je me suis dévouée et me suis rendue dans « l’antre de toutes les tentations ». Évidemment, dès mon retour à la maison, je n’ai pu m’empêcher de feuilleter l’objet de sa convoitise et comme ledit roman me semblait tentant, je l’ai lu en vitesse avant de lui envoyer. Pour la grande vitesse de lecture, je n’ai pas eu à faire de gros efforts car c’est un roman qui m’a beaucoup plu, tout en me déroutant… Bon, trêve de blabla, je vais vous épargner le long monologue sur ma vie quotidienne et plutôt vous parler du livre.
La quatrième de couverture m’avait donné l’impression d’un roman un peu chick-lit. Première grosse surprise, il n’en est absolument rien! Mais je ne vous dirai pas ce que c’est réellement de peur de gâcher votre plaisir de découverte. En résumé, c’est l’histoire Loulou et Edy qui se sont connus via Internet. Lui habite en Belgique et elle le Québec. Ils ont une différence d’âge de près de 30 ans mais après des mois d’échanges et d’appels téléphoniques, ils se sentent si près l’un de l’autre que Loulou traverse l’océan pour aller retrouver son âme sœur pendant deux semaines. Mais, dès le premier regard à l’aéroport, son rêve s’effondre, jamais elle ne pourra être amoureuse de ce vieillard. Comble de malchance, comme c’est Edy qui a payé son billet d’avion, elle ne se sent pas le courage de repartir immédiatement. Quant à la suite, je ne peux que vous conseiller de la découvrir sous la plume de Nadia Gosselin.
Dès que la mise en place de l’intrigue s’est achevée, je n’ai pu m’empêcher d’être déstabilisée, secouée, intriguée et ébranlée par ma lecture. De façon très habile, l’auteure nous pousse dans nos retranchements et il est impossible de ne pas comparer la vision et la conception de l’amour de ses personnages avec la nôtre. On ne peut s’empêcher de se questionner. L’amour n’est-il pas plus qu’une question d’apparence ? Ne peut-on pas éviter le poids du regard des autres? Dans quelle mesure notre regard idéalise-t-il l’autre? L’auteure aborde aussi un thème qu’on ne voit pas très fréquemment dans les romans et qui pourtant prend de plus en plus d’ampleur : les relations amoureuses par Internet. Qui n’a jamais entendu d’histoires d’horreur à ce sujet? Qui ne s’est jamais raconté d’histoires en amour, en idéalisant l’autre. N’est-il pas encore plus facile de tomber dans ce piège d’idéalisation quand la seule image qu’on a de l’autre est ce qu’il a bien voulu nous laisser découvrir dans une correspondance enflammée? Internet amplifie-t-il l’effet « tout nouveau tout beau » si fréquent au début d’une relation amoureuse? Tout au long de ma lecture, je me suis questionnée, je me suis demandée si ce en quoi je croyais n’était pas que du vent ou de beaux sentiments?
C’est un roman qui offre définitivement beaucoup plus que ce qu’il laisse paraître à première vue. Je vous invite à le découvrir !
4/5
Guy St-Jean éditeur, août 2008, 162 pages.
Cuné vient aussi de le lire et de le critiquer ici.
Venise en a aussi parlé par là.
00:27 Publié dans Littérature québécoise | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : relation amoureuses, internet, livre, roman, littérature
samedi, 21 mars 2009
Parfois, il vaut mieux ne pas comparer...
Le libraire de Gérard Bessette
Ça faisait très longtemps que je voulais lire ce classique québécois qu’on compare souvent à L’Étranger de Camus. Malheureusement, le problème avec une telle comparaison c’est que la marche est haute, surtout que L’Étranger est un de mes coups de cœur à vie. Cette lecture ne m’a donc pas impressionnée autant que ce grand coup de cœur. Par contre, il est tout à fait juste de dire que Meursault et le libraire ont beaucoup de points communs : ils sont tous les deux taciturnes, cyniques et désabusés voire même asociaux. Quant à leurs émotions, moins ils y pensent, mieux ils se sentent.
Mais qu’en est-il de l’intrigue? Le narrateur vient de perdre son travail dans un pensionnat religieux, ce qui était d’ailleurs un paradoxe vu qu’il n’est pas croyant, ou si peu. À la recherche d’un travail où il pourra en faire le moins possible (mais sans le dire tout haut), une connaissance le référera pour devenir libraire à Saint-Joachim, dans une librairie religieuse qui cache bien son statut de dépôt de livres à l’index. Il s’installe donc dans une maison de chambres, établit sa routine quotidienne et surtout, ne se soucie absolument pas des qu’en-dira-t-on et de la morale de son époque, les années 60.
Dans ce court roman, le clergé et toutes les valeurs dont il faisait la promotion sont égratignés. On reproche, sans aucune nuance, à l’Église d’avoir utilisé ces valeurs comme un écran servant à cacher de beaucoup moins belles actions… On y traite aussi de la censure, de son application et de sa raison d’être – garder le bon peuple dans l’ignorance afin de mieux le contrôler. En gros c’est une critique à peine voilée de la société québécoise de cette époque. Certains lecteurs ont aussi parlé d’une ironie dans le propos mais personnellement, je ne l’ai ni vue, ni ressentie.
Toutefois, un autre aspect du roman m’a semblé intéressant, surtout que je sais que l’auteur est originaire d’un petit village près de ma ville d’adoption. Je n’ai pu m’empêcher de reconnaître certaines attitudes qu’on reproche aux gens qui sont originaires de la région, vis-à-vis des « immigrés » qu’ils soient du Québec ou d’ailleurs, même s’ils sont là depuis très longtemps. En effet, tous les gens qui sont arrivés ici un jour où l’autre pourront vous parler de ce sentiment de méfiance à notre égard, ce je-ne-sais-quoi qui fait qu’on a toujours l’impression de ne pas faire partie de la gang, même après de nombreuses années et décennies. C’est subtil mais toujours présent. Heureusement, on s’y fait!
Donc, Le libraire est un roman que j’ai apprécié même s’il a souffert de la comparaison avec L’Étranger. Je n’aurais peut-être pas dû m’informer à son sujet avant de le lire moi-même…
3.5/5
Karine, elle, n’a pas trop aimé.
22:57 Publié dans Littérature québécoise | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : critique sociale du québec, comparé à l'étranger, clergé
mercredi, 11 mars 2009
Jeannette veut savoir

Pour ce billet, j'emprunte à Jules le titre de ses rubriques de questionnement car c'est exactement ce que je veux faire.
Suite à mes péripéties de bloggeuse des derniers jours que je vous avais racontées dans un autre billet, j'ai eu envie de pousser un peu plus loin la discussion afin que nous puissions nous comparer, et peut-être même nous rassurer mutuellement. :-) J'ai cru comprendre que beaucoup de bloggeurs ne parlaient pas de leur blog dans leur vraie et je me suis demandée pourquoi...
Voici donc mes questions:
Faites-vous la publicité de votre blog dans votre entourage? Au travail? Auprès de vos amis?
Et si vous le faites, ou pas, quelle est la raison de ce choix?
Je suis curieuse de connaître les motivations de chacun et j'ai déjà hâte de vous lire!
Personnellement, je ne parle quasiment pas de mon blog et les gens qui le connaissent l'ont souvent découvert par accident, soit en surfant , soit en utilisant mon ordinateur.
Pourquoi je n'en parle pas? C'est beaucoup par pudeur, parce que j'aime bien le relatif anonymat que ça me donne et aussi parce que mon blog est un exutoire, un endroit où je peux parler de mes lectures sans agacer tout le monde avec des bouquins. Et ça même si j'ai beaucoup d'amis qui sont aussi de bons lecteurs. Je crois aussi que j'évite d'en parler parce que je n'ai pas vraiment envie que mes élèves sachent que j'ai un blog où ils pourraient laisser un commentaire. Les ados étant ce qu'ils sont, je préfère ne pas prendre de chance...
Et vous?
04:32 Publié dans Sur le web | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : bloggeurs, discrétion, comparaison, questionnement
lundi, 09 mars 2009
Avis tout en bémol sur le dernier Goncourt
Syngué Sabour – Pierre de patience de Atiq Rahimi
Une femme prend soin de son mari qui est plongé dans le coma. Comme son état ne s’améliore pas, leur quasi solitude durera plusieurs semaines. Elle vit au rythme des petits changements et, petit à petit, elle finira par se confier comme s’ils étaient côte à côte, comme jamais elle n’a pu le faire quand il était conscient. Son époux deviendra donc sa pierre de patience, qui selon la croyance afghane, est une pierre magique à laquelle on se confie, qui absorbe nos peines jusqu’à en éclater et qui nous délivre du malheur à ce moment.
Ayant lu et littéralement adoré Terre et cendres du même auteur, j’avais vraiment très hâte et très envie de lire Syngué sabour. Et depuis qu’il s’était mérité le prix Goncourt, j’étais encore plus tentée. C’est donc avec beaucoup d’attentes et d’espoir que j’ai commencé ce roman. Malheureusement, je n’y ai pas retrouvé ce qui m’avait charmée dans Terre et cendres : la concision et la force d’évocation des odeurs et de la poussière de sa terre natale.
Dans Syngué sabour, j’ai trouvé le début très lent et répétitif, ce qui est un gros problème pour un roman aussi court. Contrairement à d’autres qui ont adoré le monologue de l’épouse, de mon côté j’ai trouvé ses propos décousus et je n’ai pas ressenti, ou si peu, son émotion, sa douleur, son désespoir…
Par contre, certains aspects du roman m’ont plu. J’ai aimé découvrir la symbolique de la pierre de patience. Ces petites touches qui nous permettent de toucher à d’autres cultures me plaisent toujours. J’ai aussi apprécié le message du roman qui vise à dénoncer l’injustice et la cruauté qui sont le quotidien des femmes afghanes, sans monter aux barricades. Bien souvent, un message exprimé subtilement passe beaucoup mieux qu’un propos agressif et revendicateur. Mais attention, je ne veux pas dire pour autant qu’on doive cesser de lutter pour obtenir des conditions de vie décentes pour toutes ces femmes qui vivent dans l’oppression.
En résumé, même si j’adhère complètement au propos du roman, la forme ne m’a pas beaucoup accrochée. C’est dommage car j’aurais tellement voulu que ça soit le cas.
3.5/5
POL, août 2008, 155 pages
Ce roman a remporté le prix Goncourt 2008
Les avis sur ce roman sont partagés. Certains sont enthousiastes (Papillon, Cathulu et Jules), d’autres, comme moi, un peu moins (Miss Alfie et Karine).
05:31 Publié dans Romans contemporains | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : livre, littérature, condition des femmes, guerre
samedi, 07 mars 2009
Une bonne petite enquête
Death’s Door de Besty Byars
Herculeah Jones, la fille d’un policier et d’une détective privée se retrouve au centre d’une enquête suite à la tentative de meurtre dont son ami Meat a été victime. En effet, alors qu’ils marchaient tous les deux sur la rue, un tireur a fait feu sur Meat, le ratant de peu. Qui a tenté de le tuer? Quelle est l’implication de l’oncle de Meat dans cette histoire? Pourquoi tente-il (l’oncle) de la kidnapper? Herculeah tentera de résoudre le mystère, malgré l’interdiction de ses parents.
Un petit roman pas compliqué qui pourrait bien convenir à mes élèves. Il y a du suspense, pas à couper au couteau mais c’est un boulot honnête. Ce n’est évidemment pas très complexe comme enquête mais je ne peux pas trop demander de complexité si je veux que mes ados de 12 ans comprennent cette histoire qui n’est pas écrite dans leur langue maternelle. Malgré la simplicité de l’intrigue, il y a quelques bonnes trouvailles, de l’humour et des héros qui ressemblent à des jeunes et non des bibittes étranges qu’on tente de faire passer pour des ados. J’ai passé un bon moment avec ce titre et je me dis que ça plaira très certainement à mes jeunes.
4/5
Puffin Books, juin 2006, 144 pages.
Recommandé par l'éditeur aux 9 à 12 ans
15:29 Publié dans Littérature jeunesse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : livre, littérature, langue anglaise, enquete, suspense
vendredi, 06 mars 2009
L'autre côté de la médaille
Les Filles tombées de Micheline Lachance
Ce roman qui traite du même sujet et de la même époque que la célèbre trilogie Les Accoucheuses est en même temps très différent de la série, principalement par qu’on y voit l’autre côté de la médaille, le sort de celles qui venaient mettre leur enfant au monde dans les centres pour filles-mères. Toutefois, on y retrouve la même ambiance et le même regard d’une société peu tolérante, pleine de principes rigides et qui condamne la pauvre fille enceinte, peu importe les circonstances de sa grossesse.
Je vous résume brièvement l’intrigue. À l’approche de ses 18 ans, Rose décide de découvrir ses origines et d’éclaircir le mystère de sa naissance, elle qui a été élevée par les religieuses dans un orphelinat. Véritable détective et tête de mule, elle colle peu à peu des indices aux quelques informations qu’elle possède : sa mère l’a mise au monde dans un centre pour filles-mères, à Montréal, le 8 juillet 1852. À peu près au même moment, trois autres filles s'apprêtaient à accoucher au même endroit. Elle découvre ensuite le nom des quatre mères potentielles : Noémi, une petite bonne morte en couche, Mathilde, une fille de banquier, Elvire, une prostituée et Mary, qui débarquait à peine du bateau en provenance d’Irlande. Avec ces quelques indices, elle débutera son enquête en rencontrant toutes ces femmes et leur entourage. Elle apprendra aussi pourquoi on la surnomme la fille des empoisonneuses – puisque ces femmes sont soupçonnées d’avoir tué le médecin incompétent qui avait mal soigné Noémi.
Au passage, Micheline Lachance explore aussi le sort des filles-mères au 19e siècle. Elle nous fait découvrir la honte et la culpabilité avec lesquelles elles ont dû vivre suite à l’abandon de leur enfant, sans compter la pauvreté et la misère qui les guettaient. Elle rend aussi un bel hommage à l’une des courageuses qui a osé braver les préjugés et les difficultés afin de fonder l'Hospice de Sainte-Pélagie : Rosalie Jetté.
C’est un roman que j’ai lu très rapidement, emportée par l’enquête de Rose. Les aspects historiques sont très bien intégrés à la fiction et jamais on n’a l’impression que les deux aspects ne s’emboîtent pas. Par contre, l’enquête « adonne » vraiment bien, trop souvent. Les coïncidences sont trop nombreuses pour ne pas nous faire sourciller. Trop de gens sont amis avec d’autres amis et facilitent drôlement l’enquête de notre jeune orpheline. Mais malgré ce défaut qu’on pardonne bien vite, nous avons tout de même un roman très intéressant que j’ai pris plaisir à dévorer.
Un très bon moment de lecture!
4/5
Québec Amérique, octobre 2008, 438 pages.
20:10 Publié dans Littérature québécoise | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : livre, littérature, roman historique, québec, fille-mère, rosalie jetté, 19e siecle, orphelinat
mercredi, 04 mars 2009
J'ai du mal à y croire!

Il y a trois ans aujourd'hui, je me lançais sur la blogosphère. Je n'aurais jamais cru que cette aventure allait durer aussi longtemps, d'autant plus qu'il y a eu quelques passages à vide. Je me rends maintenant compte que l'envie de réfléchir et de partager à propos de mes lectures est plus forte que tout le reste, y compris les désagréments occasionnels. Ce blog répond à un besoin car je ne parle pas tellement de ce que je lis dans ma vraie vie, du moins pas autant qu'ici. D'ailleurs, il y a peu de gens qui savent que j'ai un blog, je n'en parle pas beaucoup, c'est mon univers à moi.
Et tient pour vous faire rigoler un peu, j'ai envie de vous faire lire un message anonyme que j'ai reçu au travail la semaine dernière. Pas moyen de déchiffrer l'écriture, c'était à l'ordinateur... Je suppose que son auteur se reconnaîtra! Et à vous lecteurs, je vous laisse imaginer l'état de panique dans lequel je me suis retrouvée à sa lecture...
"Chère Frisette,
Je viens de découvrir ton super blog. Je viens aussi de découvrir que ce blog était créé par une de mes collègues. J'ai trouvé que ton blog est particulièrement intéressant et pertinent. De plus, il est beau et il nous est facile de consulter chacune de tes chroniques. Je penses que tu devrais en être fière, pourquoi n'en parles-tu pas?
Voilà je te souhaite une excellente journée et continue de faire ces excellentes critiques.
Une personne qui travaille avec toi.
PS: Je te lance un petit défi: Peux-tu trouver qui je suis?"
Je me suis vraiment demandée qui me faisait ce coup. J'ai imaginé tout plein de candidats possibles pour finalement reconnaître, par le style d'écriture, que c'était ma grande amie Valérie qui me jouait un mauvais tour. En 3 ans, je ne lui avais jamais parlé de ce blog. Je pensais que oui, mais bon... C'est sa fille, une grande lectrice elle aussi, qui a découvert mon blog et qui a fini par me reconnaître (au bout de quelques mois) par les titres lus et les quelques anecdotes laissées au passage.
C'est pas mal trois ans d'anonymat, vous ne trouvez pas?
06:15 Publié dans Blabla | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note
mardi, 03 mars 2009
Avec beaucoup de retard, mes critiques pour le défi du 400e de Québec
Les Portes de Québec, tome 1 : Faubourg Saint-Roch de Jean-Pierre Charland
Ce premier tome d’une saga historique (jusqu’à maintenant, il y a 4 tomes) se déroule dans le quartier Saint-Roch de la ville de Québec. Il met en scène des membres de la bourgeoisie de la ville, la famille Picard, leur entourage et les employés de leur grand magasin de la Basse-Ville, tout ça au tournant des 19e et 20e siècles.
Malgré son aisance matérielle, la vie des membres de la famille Picard n’est pas facile car la femme de Thomas Picard souffre d’une maladie inconnue qui la force (du moins c’est son avis…) à garder la chambre et l’empêche de prendre soin de ses enfants. Thomas embauche donc une jeune femme pour servir de gouvernante et de préceptrice à ses deux enfants. La cohabitation ne sera pas toujours facile car Mme Picard ne voit pas d’un très bon œil la venue d’une jolie jeune femme sous son toit, même si elle a depuis longtemps délaissé le lit conjugal et ses obligations familiales. Ajoutez à cela quelques personnages secondaires attachants et ayant chacun leur particularité, un peu de politique, la présence imposante du clergé et un train-train quotidien fidèle aux mœurs de l’époque et vous aurez une reconstitution passionnante de cette période de notre histoire.
Professeur d’histoire à l’université, Jean-Pierre Charland a réussi à raconter avec brio et exactitude ce début de 20e siècle. C’est tellement vraisemblable qu’on a l’impression d’y être et de vivre l’histoire avec les protagonistes. Il est aussi parvenu à créer des personnages vraiment attachants, avec leurs secrets qu’on ne voudrait pas voir s’ébruiter et leurs travers pas toujours reluisants. Ici pas de personnage trop parfait, chacun à ses faiblesses, ce qui le rend encore plus humain. Quant aux péripéties, elles nous entraînent au fil des pages à un point tel qu’on n’a pas envie de poser le livre. D’ailleurs, dès que l’ai terminé et je me suis empressée d’aller acheter le second tome.
4.25/5
Éditions Hurtubise HMH, 2007, 512 pages.
Les Portes de Québec, tome 2 : La belle époque de Jean-Pierre Charland
Nous sommes maintenant en 1907, toujours avec les mêmes personnages. Tout le monde a vieilli et les enfants des deux frères Picard commencent à voler de leurs propres ailes. Chez les deux familles du clan Picard, les affaires et le commerce vont bon train. Quant à la ville de Québec, elle est en effervescence car le Pont de Québec commence enfin à être construit et les préparatifs du tricentenaire de la ville vont bon train (c’est une belle façon de les comparer avec celles du 400e). L’église n’est pas en reste puisque qu’elle veut souligner avec faste le 200e anniversaire de Monseigneur de Laval, le premier évêque de Québec. Nous assisterons à toutes ces célébrations.
Dans ce second tome, mon intérêt c’est quelque peu émoussé. J’ai conservé mon attachement pour les personnages mais le côté plus académique de l’intrigue m’a beaucoup refroidie. Les événements historiques ont pris le dessus sur les personnages et j’ai trouvé ça dommage. Par moment, j’avais l’impression d’assister à un cours théorique sur les événements du tricentenaire de Québec. J’ai lu de grand bouts en diagonale, ennuyée par toutes ces descriptions.
Par contre, mon intérêt pour cette saga est toujours là et j’ai déjà le 3e tome qui m’attend sur ma table de chevet.
3.5/5
Éditions Hurtubise HMH, 2008, 586 pages.
Une entrevue de l’auteur au Livre Show lors de la parution du premier tome.
Ces titres ont été lu dans le cadre de mon défi du 400e de Québec.
Cuné a aussi lu Pedro Liberdad, tome 1:Bruine assassine de Hada Lopez pour ce défi.
19:02 Publié dans Littérature québécoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, littérature, roman historique, québec
lundi, 02 mars 2009
Un classique que je n'avais pas encore découvert
Le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux
Le professeur Stangerson et sa fille Mathilde effectuent des recherches dans leur château du Glandier. Un jour, quelqu’un tente d’assassiner Mathilde Stangerson alors qu’elle dort dans la "Chambre Jaune", attenante au laboratoire. Mais du malfaiteur on ne retrouve aucune trace, alors que la pièce était fermée à clé et qu’il n’y avait aucune issue pour s’échapper. C’est le jeune reporter Rouletabille qui résoudra l’affaire avec l’aide de son ami Sainclair. Tout ça sous le nez de Fred Larsan, un policier renommé chargé de l’enquête ainsi que de M. de Marquet, le juge d'instruction.
Il s’agit d’un roman policier de facture classique qui m’a fait penser aux romans d’Agatha Christie par son ambiance et son déroulement. Je ne tente pas nécessairement de comparer les deux auteurs mais j’ai eu l’impression de me retrouver dans le même genre d’univers et d’être entraînée dans les mailles de l’histoire d’une manière similaire. Et à cause de cela, la mécanique a plus ou moins fonctionné. J’ai lu beaucoup de romans d’Agatha Christie dans le passé et j’ai fini par m’en lasser. Avec cette enquête de Rouletabille, j’ai donc eu de la difficulté à accrocher. De plus, le héros du roman n’a pas attiré ma sympathie avec ses airs supérieurs de celui qui sait déjà tout et ne se gêne pas pour le claironner à tout moment.
Par contre, je dois avouer que je me suis beaucoup creusé les méninges pour découvrir le meurtrier, soupçonnant à peu près tout le monde et sans parvenir à élucider le mystère. Pour cela, je lève mon chapeau à l’auteur.
Donc pour moi, le plaisir de lecture ne fut pas nécessairement au rendez-vous, même si je reconnais de bons points à l’œuvre.
3/5
Éditions Gallimard, Août 2007, 376 pages.
Le même titre critiqué par Karine
20:49 Publié dans Polars et suspenses | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : livre, roman policier, classique, lieu clos
dimanche, 01 mars 2009
Voyage dans un autre Montréal
La ballade de Baby de Heather O’Neill
Baby est une adolescente qui vit à Montréal avec son père Jules. Et leur Montréal n’est pas celui des cartes postales et des lieux touristiques, c’est plutôt celui des quartiers pauvres et miteux, où les junkies côtoient les prostituées, où la pauvreté est un mode de vie. Et dans ces quartiers, ils habitent les endroits les plus sordides, les logements où les coquerelles sont monnaie courante. Malgré des conditions de vie aussi difficiles, Baby parvient à garder son cœur d’enfant et ne voit pas trop ce que sa vie a de si terrible. Son père qui était encore un ado à sa naissance n’a pas vraiment maturé depuis 10 ans et sa mère, aussi adolescente, est décédée alors qu’elle était encore toute petite. Malgré tout ça Baby a, jusqu’à maintenant, réussi à être heureuse car elle performe assez bien à l’école et qu’elle aime son père, malgré tous ses défauts et parce qu’elle n’a jamais rien connu d’autre.
Mais un jour la réalité et son environnement la rattrapent. Commence alors la tournée des familles d’accueil et des centres jeunesse. Et c’est aussi là que son regard sur son univers change, qu’elle comprend que sa vie n’est pas comme celle des autres. Son père, longtemps vu comme un être spécial, perd tout son lustre. Et peu à peu, elle finira par ressembler au milieu où elle vit, à tomber dans les griffes du monde qui l’entoure.
Vous aurez donc compris que je ne viens pas de terminer un roman à l’eau de rose. On plonge en plein cœur d’un milieu noir, difficile et pourtant, j’y ai aussi vu beaucoup de lumière. Baby est une enfant qui a un don pour trouver les parcelles de bonheur dans son quotidien glauque et qui réussit malgré les épreuves à ne jamais perdre son cœur d’enfant. C’est d’ailleurs ça qui la sauve du malheur et qui nous sauve d’un roman déprimant. J’irais jusqu’à dire que j’y ai puisé une sorte d’espoir, même si tout est loin de bien se terminer.
C’est aussi une œuvre qui nous fait beaucoup réfléchir sur le rôle du parent dans les choix de son enfant. Ici, j’ai eu l’impression que Jules, sans le savoir et sans le vouloir, avait tout fait pour précipiter sa fille dans les bras d’individus louches qui ont su l’exploiter.
Par contre, j’ai été franchement agacée par la traduction. Le choix de certains termes comme lycée ne traduisent pas du tout la réalité québécoise. Sans compter les nombreuses notes de bas de pages qui décrivent la culture québécoise alors qu’il aurait été plus simple de la recréer dans l’écriture afin de ne pas trahir le milieu où l’intrigue se déroule. Il aurait définitivement été possible de faire beaucoup mieux, sans pour autant nuire à la compréhension des Européens.
Malgré toute cette noirceur et un début où j’ai moins adhéré, c’est une lecture que j’ai adorée parce que l’auteure a su comment traduire avec justesse les sentiments de son héroïne, mais sans jamais tomber dans le misérabilisme. J’ai même embarqué à fond dans la deuxième portion car l’auteur a réussi à me faire oublier la traduction et à me prendre dans les griffes de son personnage !
En bref, c’est un premier roman à la fois très beau et très laid qui ne vous laissera certainement pas indifférent.
4/5
Traduit de l’anglais par Michèle Valencia
Editions 10/18, mars 2008, 377 pages.
La ballade de Baby a reçu le prix Canada Read en 2007. La titre a aussi été finaliste au prix Orange (prix littéraire anglais).
Un lien où vous pourrez visionner une entrevue de l’auteure – Heather O’Neill.
Lu et apprécié aussi par Amanda, Émeraude, Anna Blume et Annie.
17:40 Publié dans Littérature québécoise | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note














